Je pense que je souffre d'éco-anxiété

Loin de moi l'idée de m'auto-diagnostiquer quoi que ce soit, mais à force d'y songer, je pense réellement que je souffre d'éco-anxiété depuis (trop longtemps) déjà. Avez-vous entendu parler de l'éco-anxiété? Ce nouveau type de détresse a été présenté un peu partout dans les médias depuis les dernières semaines. Selon Radio-Canada, sa définition simple est: «quand le sort de la planète vous angoisse». Pour ma part, je ne savais pas vraiment que ça avait un nom, je faisais juste vivre avec. Je vous dirais que ça doit faire un bon 3 ans que je vis au quotidien avec cette drôle de bibitte grimpée sur mon épaule. Cette bibitte, elle passe son temps à me souffler à l'oreille des consignes que j'essaie d'appliquer à la lettre. Elle ne me permet pas d'acheter tout ce que je veux, juste comme ça, sur un coup de tête. Elle me dit de ne pas oublier mes sacs. Elle me fait acheter les citrons plus chers, parce que les 3 citrons en rabais sont emballés dans une pellicule plastique et sur une feuille de styromousse. Elle me laisse avoir soif lorsque je prends une marche et que j'ai oublié ma bouteille réutilisable à la maison. Elle me fait virer de tout bord tous côtés les contenants en plastique que j'ai utilisés pour vérifier si le petit triangle en dessous n'est pas un maudit 6. Elle me fait faire 3 magasins différents au lieu d'aller à l'épicerie pour trouver l'ingrédient en vrac dont j'ai besoin. Elle m'oblige à trier le fond de mon bac à composte parce que quelqu'un est venu y lancer ses deux gobelets de café Elle me remet en question constamment et ce, plusieurs fois par jour. Malgré ses nombreuses questions, je l'aime cette bibitte. Parce que, sans elle, j'en jetterais en titi des affaires au mauvais endroit et j'en jetterais encore plus que je ne le fais maintenant. Je sais pas vraiment comment le formuler, mais, est-ce ça ne devrait pas être ça, la norme? Devoir se poser toutes ces questions dans notre journée pour s'assurer de bien faire et de prendre bien soin de notre planète ou c'est un peu trop intense? Parce que sans ces questions, c'est clair que je le mettrais dans mon bac de recyclage ce vieux ventilateur qui ne fonctionne plus et que j'emballerais encore mes 4 pommes dans un petit sac de plastique transparent à l'épicerie. Je pense que ces questions sont vraiment importantes et bénéfiques pour l'environnement, mais je peux comprendre que nous sommes nombreux à trouver qu'elles s'en viennent pas pire pesantes sur nos épaules. Je trouve ça vraiment difficile. Je trouve difficile et triste que nous soyons aussi nombreux à être de petits justiciers pour un monde plus vert. Je peux comprendre les gens qui disent: «Ok, ça suffit.» et qui choisissent de le boire quand même leur cocktail avec une paille en plastique dedans, même si la tortue braille sa vie dans l'océan à l'autre bout. Ne vous détrompez pas, je le fais moi aussi abdiquer et me dire que j'ai fait mon gros possible. Je ne le fais pas de gaité de coeur, mais je le fais. Puis, au final, je me sens coupable et que je crois qu'il est là le vrai problème. Pourquoi tout ça devrait être de ma faute? J'ai pas acheté de pipeline. J'ai pas déversé mes produits toxiques directement dans le fleuve. J'ai pas essayé de cacher des bouteilles de plastique dans un immense ballot de "papiers" que je vends à des gens en Inde et à qui je laisse la job sale de faire le tri. Alors pourquoi je me sens aussi cheap? Pourquoi j'ai mal dans l'estomac quand je sors d'un site d'Osheaga désert et que je vois tous ces verres de plastique étalés au sol? Pourquoi je capote que, dans un commerce de restauration rapide, il n'y ait aucun bac de recyclage ni aucun bac de composte et que je me sente dans l'obligation de trainer mes contenants chez moi pour bien disposer de mes déchets? Pourquoi? Je ne le sais pas trop. Je sais juste que la planète Terre, je l'ai dans le coeur et dans la tête. Je sais que je l'aime profondément, que j'y aime ses arbres, ses rivières, ses plages, ses animaux et une grande majorité de ses humains. Je sais que ces humains m'ont fait pleurer de joie lorsque je les ai vus, tous ensemble, réunis dans les rues de Montréal le 27 septembre dernier. Je sais aussi que ça me fait du bien de penser que nous tous, éco-anxieux ou pas, on peut arriver à la sauver ensemble cette belle planète. Parce que tout seul avec sa petite bibitte, on a l'air ben smat de même, mais ça donne beaucoup moins de bras pour soulever et retirer ces gros lobbys-là de leurs trônes.



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